Cités 64 – Gilles Campagnolo, Trois moments de politique critique du capital

Accompagnant l’incrimination de la « sphère de la finance » ou les tentatives pour en réguler le fonctionnement, s’en prenant à la circulation infernale du capital et à la distribution inégale des revenus, un discours dénonciateur se fait entendre, dont le regain coïncide avec la crise économique que le monde connaît depuis 2008. Il s’ensuit, dans un recours généralisé aux experts, sommés de trouver « des solutions », que la formule de la critique indignée est assurément très prisée par l’opinion publique. Elle concurrence une formule plus courante, peut-être, du moins en période de croissance avérée ou de reprise, qui consiste à justifier l’état des choses par leur cours.

Les mêmes commentateurs sont d’ailleurs parfois invités à dédoubler leur discours. Les exemples sont légion de ces attitudes contradictoires de la part des mêmes instances, voire des mêmes personnes, apparemment interchangeables dans leurs fonctions (et leurs propos). Un (ancien) conseiller de Hillary Clinton (candidate à la primaire de son parti pour viser la présidence de la première puissance mondiale), le politologue Benjamin Barber, est allé jusqu’à parler de « totalitarisme économique ».

En France, le rôle de l’intellectuel protestataire est depuis les Lumières ancré dans la tradition, bien avant toute littérature sur la « mondialisation ». Le sociologue Christian Laval et le philosophe Pierre Dardot suggèrent aujourd’hui que nous vivons un « a-démocratisme entrepreneurial », ce qui n’a lieu d’être ni vrai ni faux pour rester lettre morte : quelle gouvernance souhaiterait-on pour les entreprises – ou bien veut-on leur absence même, ce qui relève d’un autre type de fantasme politique ?

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