Cités 64 – Jean Robelin, Qu’est-ce que la spéculation ?

anticiper l’imprévisible

Selon la théorie traditionnelle, que Kaldor expose tout en prenant ses distances, « la fonction économique de la spéculation est d’atténuer les fluctuations de prix dues à un changement dans l’offre ou la demande ».

Définir la spéculation comme anticipation signifie alors 1°) qu’elle porte sur du prévisible et 2°) qu’elle est un mécanisme d’ajustement du marché, de rétablissement de l’équilibre cher au courant dominant de la profession économique. Or ces prémisses nous paraissent caduques. L’expression de « capitalisme de casino » le traduit, en signifiant que l’anticipation porte désormais sur de l’imprévisible. En portant sur une offre ou une demande de biens, tout en se déconnectant de leur utilité, l’anticipation dont parle Kaldor apparaît comme une fonction désormais marginale de l’activité économique. Sa généralisation la transforme plutôt en anticipation de pures valeurs financières, gains ou pertes de capital, indépendante de l’ajustement du marché des biens ou des services. Illusion de l’autocréation, elle se donne pour une circulation productive de richesse, une finance créative par soi-même. La spéculation spécule sur les prises de risques des autres. Ses techniques créent leurs propres risques sur son offre et sa demande propres.

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